mercredi ,février 19 2020
Home / A la une / Entrepreneurs fourragers

Entrepreneurs fourragers

Le PRAPS Sénégal travaille à l’émergence d’entrepreneurs fourragers

Gouloum Thiarène, département de Linguère, arrondissement de Yang Yang. Tôt le matin, ce 16 octobre, les trois motofaucheuses du vieil Isma SARR entrent en action. Il en est ainsi depuis deux semaines. Il en sera ainsi jusqu’en fin décembre. L’année dernière, cet éleveur qui dispose de plus de plus de 1000 têtes de bovins, avait amassé 9500 bottes de fourrage dont la commercialisation est estimée à 14 millions de FCFA à raison de 1500 F la botte de 12 à 15 kg.

En période de soudure, le fourrage sert en priorité à nourrir les animaux. Seul le surplus est écoulé. En sa qualité d’entrepreneur fourrager, Isma SARR a décidé de laisser tomber la culture de l’arachide. Pour lui, en effet, l’arachide est cultivée pour se faire de l’argent et du foin. Le fourrage naturel, qui pousse à l’état sauvage, permet de faire d’une pierre deux coups. Il permet à la fois de se faire beaucoup d’argent et surtout de trouver assez de réserves pour nourrir les animaux jusqu’au prochain hivernage.

Cette année, malgré le stress hydrique qui n’a pas favorisé l’abondance des pâturages naturels, Isma SARR ambitionne de dépasser les 12 000 bottes, grâce à deux nouvelles motofaucheuses acquises sur les économies réalisées sur la campagne précédente. Sa première motofaucheuse et sa première botteleuse artisanale lui avaient été cédées par le PRAPS. Non content de faucher l’herbe sauvage à l’état vert, riche en protéines, le vieux ‘’diarga’’ (grand éleveur) a commencé, le 28 août dernier, à emblaver un périmètre pilote d’un hectare de néma.

Le néma ou maralfalfa, devenu la coqueluche des éleveurs sénégalais, peut produire 20 à 40 tonnes de fourrage à l’hectare. Elle commence à produire après trois mois de bouturage. Isma a effectué sa première récolte le 26 novembre. Utilisant le système d’arrosage dit « goutte à goutte », le vieil éleveur mise sur la gestion judicieuse de l’eau pour gérer son champ de néma qu’il entend porter à trois hectares dès sa deuxième année d’exploitation. En plus des économies d’eau, la régularité des récoltes et la qualité du fourrage sont assurées.

Pour la vulgarisation du néma, le PRAPS Sénégal travaille avec la FAO sur le concept « Champs-école » qui fait son bonheur de chemin. A ce jour, plusieurs pépinières ont été mises en place et des boutures de néma distribuées à plusieurs groupements mixtes d’agropasteurs pour populariser la culture de cette plante à haut rendement fourrager et nutritionnel. C’est dans cette perspective que le PRAPS va appuyer l’Association pour la défense de l’intérêt des producteurs de Podor (ADIPP) à créer six champs-école de néma dans ce département.

Avec l’appui du Projet, Isma SARR a pris part à la sixième journée nationale de l’élevage qui a été célébrée le 28 novembre à Kaël, dans le département de Mbacké, Région de Diourbel. Il fait partie des 33 lauréats qui ont été honorés par le Chef de l’Etat pour s’être distingués en matière de cultures fourragères et d’amélioration génétique. A l’image de Isma SARR, les bénéficiaires des motofaucheuses du PRAPS ont été très performants ces deux dernières campagnes.

A Darou Salam, la barre a été fixée cette année à 15 000 bottes, contre seulement 677 bottes commercialisées en 2018 à Koungheul pour un montant de 541 000 FCFA. Cette ambition, qui semble démesurée, est en réalité dictée par les commandes et les besoins exprimés. A défaut d’activités génératrices de revenus dans le PRAPS Sénégal, le Comité de gestion a confié le bottelage aux femmes. Elles ont été formées à cet effet. Chaque botte leur apporte 200 F. Les bottes sont vendues à 700 F ou 800 F bord champ et jusqu’à 1000 F à Koungheul, la capitale départementale située à 50 km environ. C’est pourquoi, les villageois ont fortement salué l’initiative du PRAPS de créer une mise en défens de 40 ha. Les mises en défens jouent le rôle de banques de fourrage pour les Unités pastorales qui en disposent.

Les travaux de clôture de 557 hectares de mises en défens sont presque bouclés dans 4 des 8 départements couverts par le Projet. Les communautés locales suivent avec beaucoup d’intérêt l’exécution et participent à la réception des travaux de chacun des sites concernés.  Au niveau des sites clôturés, l’exploitation a déjà commencé, notamment à Gabou et Béma dans le Bakel où les comités de gestion ont vendu, comme de petits pains, le fourrage produit en 2018. Les éleveurs et les autorités administratives et communales ont beaucoup apprécié cette activité dans la mesure où il était souvent très difficile de trouver du fourrage dans ces terroirs, surtout en période de soudure.

A Patoulane, les réserves fourragères de la dernière saison ont sauvé tellement d’animaux que les demandes formulées pour décrocher la motofaucheuse ne peuvent pas être satisfaites en 2019. Leur stratégie consiste à économiser assez d’argent pour acheter une deuxième machine l’année prochaine. Coût de l’opération : environ 3 millions de francs CFA. Pour le Président de l’Unité pastorale, ce prix est largement dans la corde des éleveurs.

Ici et là et partout, ce sont des témoignages de satisfaction à l’égard du projet qui ont été enregistrés lors de notre passage pour mesurer l’impact des motofaucheuses sur la sécurité alimentaire du bétail et la génération de revenus pour les bénéficiaires. Ainsi pour la Dame Awa Alassane SOW de Barkédji, « la motofaucheuse a été une initiative pleine de sagesse et de générosité pour les pasteurs. Elle permet de rationaliser la gestion des ressources naturelles. Elle permet de sauver le bétail et d’économiser beaucoup d’argent qui aurait été dépensé pour acheter de la paille d’arachide et de l’aliment concentré. Elle permet enfin de générer des revenus assez importants qui peuvent être utilisés pour renforcer les ressources familiales. »

Pour pallier le déficit saisonnier de fourrage, le PRAPS encourage les éleveurs à se préparer aux périodes de soudure qui risquent d’être plus longues un peu partout, du fait des aléas climatiques. La campagne de fauche a été précédée d’une campagne de sensibilisation. Environ 661 personnes ont participé aux réunions de sensibilisation et d’évaluation de la campagne de fauche 2018 et de constitution de fourrage de 2019, dont 397 hommes et 264 femmes dans les 12 sites visités. En 2018,13 164 bottes ont été produites dans les 10 sites qui ont pris part à la campagne de fauche. Des bottes de 7 à 15 kg en fonction du type de botteleuse (caissons ou botteleuses artisanales en fer forgé) ont été produites. En moyenne, les motofaucheuses fournies par le PRAPS effectue 70 bottes toutes les 4 heures.

Le PRAPS est également appelé à la rescousse pour faciliter la mise en œuvre du projet de la Compagnie sucrière du Sénégal (CSS) appelé « Projet de valorisation de la paille de canne » (VALPAC). Cette activité a pour objectif de mettre à la disposition des éleveurs affiliés à la Laiterie du Berger, 4800 tonnes de paille de canne à sucre issues des 400 ha exploités, à raison de 12 tonnes par ha, sur une période de 5 mois. Selon le chef du Service départemental de l’élevage de Dagana, des bottes de 50 kg de paille de canne à sucre sont confectionnées et cédées aux éleveurs contractuels au prix de 25 F le kg.La facilitation consistera à établir le contact entre les éleveurs de l’UP et les responsables du projet.

A terme, l’ambition du PRAPS est de voir émerger de véritables entrepreneurs fourragers et des banques de fourrage à travers le système de mise en défens qui couvre actuellement 557 hectares au niveau des 20 Unités pastorales disposant d’un plan de gestion validé.

Vérifiez également

VALORISATION DU LAIT LOCAL : LE PRAPS SENEGAL S’ENGAGE

Malgré son potentiel bovin inestimable, la filière laitière sénégalaise cale sur la faible productivité des …