Eradication de la PPR : un engagement mondial

Évaluer cet élément
(0 Votes)
01 Jui 18
Écrit par Lu 68 fois
Publié dans Dernières nouvelles

Quinze ans. C’est l’objectif temporel que se sont fixé les spécialistes mondiaux de la santé animale pour éradiquer la peste des petits ruminants (PPR) en 2030, soit deux fois moins de temps que celui qui a été nécessaire à l’éradication de la peste bovine. Ce défi est ambitieux, mais réaliste ! Et c’est grâce à une action commune et coordonnée des divers acteurs nationaux, régionaux et mondiaux, qu’il sera atteint. Le départ a été pris à Abidjan, en Côte d’Ivoire, en 2015.

Identifiée pour la première fois en Côte d’Ivoire en 1942, la PPR prend depuis une quinzaine d’années des proportions alarmantes. Elle affecte aujourd’hui près de 70 pays en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie, dans lesquels se trouvent plus de 80 pour cent du capital mondial de moutons et de chèvres. Cette maladie est hautement contagieuse. Une fois introduit, le virus peut infecter jusqu’à 90 % d’un troupeau et provoquer la mort de 30 à 70 % des animaux infectés.

Les pertes économiques induites frappent au cœur des populations rurales vulnérables, en ruinant les productions animales. Au total, les dégâts annuels occasionnés par la PPR sont estimés à deux (2) milliards de dollars environ. Environ un tiers de l’impact financier touche l’Afrique et un quart l’Asie du Sud. Cependant, même si la maladie est particulièrement mortelle pour les petits ruminants, et tue jusqu'à 90% des animaux infectés, elle est néanmoins facile à prévenir et ce, grâce à des vaccins peu coûteux et qui protègeront l'animal pour le reste de sa vie.

Si aucun plan de lutte n’est mis en œuvre dans le moyen terme, la PPR pourrait se propager davantage et occasionner des pertes socio-économiques désastreuses pour 330 millions de paysans pauvres, dont la majorité est constituée de femmes. Dans des régions entières du monde rural, les moyens de subsistance sont fortement dépendants des moutons et des chèvres. Et les femmes sont les principales détentrices des troupeaux de petits ruminants.

C’est pourquoi, afin d’enrayer la progression de la maladie et d’aller jusqu’à son éradication, l’Organisation mondiale de la santé animale (OIE) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont développé une Stratégie mondiale pour le contrôle et l’éradication de la PPR dans le Cadre du contrôle des maladies animales transfrontalières.

A ce jour, seules deux maladies ont pu être rayées de la carte mondiale : la variole humaine, éradiquée sous l’égide de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), et la redoutable peste bovine sous l’égide de l’OIE et de la FAO. C’est en s’appuyant sur ce dernier modèle, qu’a été mise au point une méthode progressive pour le contrôle et l’éradication de la PPR. A l’échelle des pays, la mise en place de la stratégie a, pour but ultime, l’obtention du statut de pays officiellement reconnus indemnes par l’Assemblée mondiale des Délégués nationaux des pays membres de l’OIE. Il est possible pour chacun des pays infectés de solliciter la reconnaissance par l’OIE de son Programme national de contrôle de la PPR sur la base des normes du Code Terrestre de l’OIE.

Le contrôle et l’éradication de la PPR n'est pas une activité isolée, mais une combinaison de trois composantes liées entre elles : le contrôle et l'éradication stricto sensu de la PPR, le renforcement des services vétérinaires et la prévention et le contrôle simultanés d'autres maladies importantes des petits ruminants. Grâce à ces trois piliers de la Stratégie mondiale, l’objectif global d'éradication de la PPR devient le point d'entrée pour obtenir des progrès avérés dans le fonctionnement des systèmes nationaux de santé animale et, par voie de conséquence, pour améliorer le statut zoo-sanitaire relatif à d'autres maladies des petits ruminants.

Ainsi, les pays réunis à Abidjan se sont engagés à renforcer les capacités et l’expertise de leurs Services vétérinaires afin d’assurer la bonne mise en œuvre de la stratégie d’éradication, notamment au travers du développement de plans de surveillance de la maladie, de programmes de renforcement des capacités des acteurs, de transferts de technologies, de partenariats publics/privés et de l’utilisation de vaccins conformes aux normes intergouvernementales de l’OIE.

Le plan présenté par l’OIE et la FAO est chiffré à environ un milliard de dollars. Mais l’objectif est atteignable et aura un impact significatif sur la production alimentaire, la nutrition, les revenus et la résilience des moyens de production de richesses et de subsistance de plus de 330 millions de paysans pauvres dans le monde. L'appui à la mise en conformité des services vétérinaires aux normes de qualité de l'OIE aura, de plus, une répercussion sur l'efficacité de la prévention et du contrôle de toutes les autres maladies animales, justifiant encore plus fortement la rentabilité des investissements réalisés. Dans le contexte actuel de mondialisation des échanges, ouvrant la voie à la dissémination à grande échelle des agents pathogènes, les activités des Services vétérinaires et le contrôle à leur source des maladies animales transfrontalières comme la PPR, sont de l'intérêt commun des pays infectés comme non infectés. Ces activités doivent être considérées comme des biens publics mondiaux.

Le plan va d'ailleurs au-delà de l'objectif d'éradication, il vise également à améliorer les modèles de production nationaux et à aider les éleveurs à se constituer des moyens d'existence extrêmement solides et résilients, grâce à leurs ressources animales. L’objectif global est un secteur des petits ruminants contribuant à la sécurité alimentaire et à la nutrition, à la santé humaine et à la croissance économique au niveau mondial, en particulier dans les pays en développement, soulageant ainsi la pauvreté, accroissant la production de revenus et améliorant le niveau de vie des petits cultivateurs ainsi que le bien-être humain, en général.

Dernière modification le vendredi, 01 juin 2018 10:50